Chaleur !
Le record de chaleur de l'année a été atteint hier (44,1°C) et sans doute dépassé aujourd'hui, probablement 45°C : une fournaise, mais nous réussissons à maintenir la maison supportable, sans trop abuser de la climatisation. Nous dormons sans climatisation, car cela fait trop de bruit, mais nous rafraîchissons la chambre avant de nous coucher. Ca donne soif.
Normalement, la température devrait continuer à monter, jusqu'à la mousson, prévue par le journal pour la fin du mois de juin. J'espère que cela n'ira pas jusquà 50!
Comme on pouvait s'y attendre la période des grandes chaleurs est aussi celle des vacances scolaires. Les résulats des examens viennent d'être publiés et les élèves qui quittent le secondaire font la queue pour "acheter" des formulaires d'inscription à l'université. Celles-ci font de la publicité dans la presse et c'est assez amusant de voir des demi-pages, même des pages entières, dans les journaux où elles vantent les succès de leurs étudiants pour prouver qu'elles sont les meilleures. Et la preuve n'est-elle pas la publication des photos des heureux lauréats, en dessous desquelles sont mentionnés les résultats obtenus. Ces publicités ressemblent plutôt à un jeu de massacre. A voir la tête des heureux étudiants (photos d'identités), on a du mal à croire à leurs succès. Plus sérieusement, l'Inde annonce 1million de diplômés sortant des universités chaque année. De quoi faire craindre que l'Europe et les Etats Unis n'aient plus qu'à mettre leurs ingénieurs au chômage. En fait le tableau n'est pas si brillant et malgré ces nombres impressionnants, l'Inde ne peut satisfaire à la demande, en très forte croissance, d''ingénieurs de niveau comparable à celui des pays développés, car à part quelques très bonnes universités ou bien certains Instituts de Technologie, le niveau est médiocre et surtout les spécialités vers lesquelles se dirigent, ou sont attirés, les étudiants ne correspondent pas aux besoins de l'économie. D'où cette situation paradoxale : il y a en Inde de nombreux très bons ingénieurs, d'excellents médecins, mais en quantité notoirement insuffisante et il y a un nombre considérable de diplômés qui sont au chômage. Les statistiques le montrent d'ailleurs : c'est dans les catégories de jeunes ayant le plus d'années d'études que le taux de chômage est le plus élevé. Cette situation fait un peu penser à celle de la France.
Toujours sur le thème de la chaleur : l'économie est en surchauffe. On annonce un taux de croissance de l'économie de 9,4% pour l'année fiscale ( d'avril 2006 à fin mars 2007) qui vient de s'achever. Du jamais vu dans l'histoire de l'Inde, on se rapproche des 10%, comme la Chine. Si le rythme de croissance des 3 dernières années se maintient, l'économie de l'Inde aura doublé dans 10 ans, ce qui permet de penser qu'elle atteindra alors le niveau de la France. Et la conséquence, bien sûr c'est l'accroissement des émissions de gaz à effet de serre. L'Inde, comme la Chine, tout en reconnaissant le phénomène du réchauffement climatique (à la tête du GIEC, groupement d'experts qui évaluent et tentent de prédire l'ampleur du réchauffement, se trouve d'ailleurs un Indien), et tout en sachant qu'elle fait partie des pays qui seront les plus affectés, refuse de compromettre la croissance et de revoir à la baisse son objectif à deux chiffres. Comment le leur reprocher, d'ailleurs ? En revanche, on peut souligner le fait que cette forte croissance, qui certes gonfle les rangs de la classe moyenne, estimée selon les critères entre 50 et 200 millions de personnes (il y a plus d'unmilliard d'Indiens), ne réduit pas la pauvreté et creuse les inégalités. Affaire à suivre et qui nous concerne tous, surtout nos enfants et petits-enfants. Mais la position officielle indienne est dans une grande mesure une position de négociation et il y a heureusement une prise de conscience croissante du problème et des opinions différentes se font entendre. Ce pays est bien une démocratie, dans le sens où il n'y a pas comme en Chine une pensée unique autorisée.
Ca chauffe au Rajasthan. Depuis une semaine des manifestations violentes ont lieu au Rajasthan, certaines ont même atteint Delhi. Ces manifestation ont été réprimées par l'armée et on déjà fait une vingtaine de morts. De quoi s'agit-il ? Les protestataires, les Goujjars, veulent être inscrits sur la liste des tribus défavorisées (Scheduled Tribes), afin d'avoir droit à des quotas pour les entrées dans les universités et surtout pour accéder à certains emplois officiels, dans la police ou l'administration. Depuis son indépendance, l'Inde mène une politique de discrimination positive, pour lutter contre le système des castes. C'est ainsi que les hors-castes, les intouchables, peuvent espérer compenser leur handicap. Cette politique bénéficie également à des tribus plus ou moins isolées et vivant à l'écart de la société, pour essayer de les intégrer. Mais le système se complique, car de plus en plus de catégories ou de castes s'estimant défavorisées demandent à bénéficier de ces avantages, tandis que ceux qui en profitent déjà ont peur, à juste titre, de voir leur part diminuer. Et comme on peut l'imaginer, lors des campagnes électorales des promesses sont faites, qui ne peuvent être tenues. C'est exactement ce qui se passe au Rajasthan, Etat situé à l'Ouest de Delhi et un des plus touristiques. Les Goujjars, dont on ne sait pas très bien ce qu'ils sont (certains les rattachent aux Huns !) avaient obtenu lors de la précédente campagne électorale locale un vague engagement d'être classés comme Scheduled Tribes (ST), promesse que le gouvernement de l'Etat ne peut pas tenir. D'où leur colère. Mais, une autre catégorie, les Meenas, qui eux sont classés comme ST se mobilisent pour empêcher que le gouvernement du Rajasthan ne donne satisfaction à la revendication des Goujjars, car cela réduirait leurs avantages. Ils en sont venus à se battre contre les Goujjars. Jeudi a eu lieu une véritable bataille rangée entre Goujjars et Meenas, qui s'est soldée par de nombreux morts. Retour au calme aujourd'hui, des négociations ont lieu, mais le gouvernement prend ses précautions, et nous en avons été témoins ce matin en voyant l'armée prendre position à l'entrée de notre quartier, particulièrement protégé parce qu'il s'agit du quartier des ambassades. Malgré les morts et la violence (ils ont incendié des bus sur la route de Delhi à Jaipur et ils ont perturbé la circulation des trains) les photos que l'on voit dans la presse montrent des manifestants qui posent pour la photo, hilares et brandissant de grands bâtons. Curieuse impression d'irréalité. Le gouvernement finira par arrêter le mouvement, mais ce qui se passe donne à réfléchir sur les risques de la discrimination positive, dont l'effet paradoxal est de renforcer la division de la société en communautés ou castes. Bon exemple également des dangers du populisme.
Normalement, la température devrait continuer à monter, jusqu'à la mousson, prévue par le journal pour la fin du mois de juin. J'espère que cela n'ira pas jusquà 50!
Comme on pouvait s'y attendre la période des grandes chaleurs est aussi celle des vacances scolaires. Les résulats des examens viennent d'être publiés et les élèves qui quittent le secondaire font la queue pour "acheter" des formulaires d'inscription à l'université. Celles-ci font de la publicité dans la presse et c'est assez amusant de voir des demi-pages, même des pages entières, dans les journaux où elles vantent les succès de leurs étudiants pour prouver qu'elles sont les meilleures. Et la preuve n'est-elle pas la publication des photos des heureux lauréats, en dessous desquelles sont mentionnés les résultats obtenus. Ces publicités ressemblent plutôt à un jeu de massacre. A voir la tête des heureux étudiants (photos d'identités), on a du mal à croire à leurs succès. Plus sérieusement, l'Inde annonce 1million de diplômés sortant des universités chaque année. De quoi faire craindre que l'Europe et les Etats Unis n'aient plus qu'à mettre leurs ingénieurs au chômage. En fait le tableau n'est pas si brillant et malgré ces nombres impressionnants, l'Inde ne peut satisfaire à la demande, en très forte croissance, d''ingénieurs de niveau comparable à celui des pays développés, car à part quelques très bonnes universités ou bien certains Instituts de Technologie, le niveau est médiocre et surtout les spécialités vers lesquelles se dirigent, ou sont attirés, les étudiants ne correspondent pas aux besoins de l'économie. D'où cette situation paradoxale : il y a en Inde de nombreux très bons ingénieurs, d'excellents médecins, mais en quantité notoirement insuffisante et il y a un nombre considérable de diplômés qui sont au chômage. Les statistiques le montrent d'ailleurs : c'est dans les catégories de jeunes ayant le plus d'années d'études que le taux de chômage est le plus élevé. Cette situation fait un peu penser à celle de la France.
Toujours sur le thème de la chaleur : l'économie est en surchauffe. On annonce un taux de croissance de l'économie de 9,4% pour l'année fiscale ( d'avril 2006 à fin mars 2007) qui vient de s'achever. Du jamais vu dans l'histoire de l'Inde, on se rapproche des 10%, comme la Chine. Si le rythme de croissance des 3 dernières années se maintient, l'économie de l'Inde aura doublé dans 10 ans, ce qui permet de penser qu'elle atteindra alors le niveau de la France. Et la conséquence, bien sûr c'est l'accroissement des émissions de gaz à effet de serre. L'Inde, comme la Chine, tout en reconnaissant le phénomène du réchauffement climatique (à la tête du GIEC, groupement d'experts qui évaluent et tentent de prédire l'ampleur du réchauffement, se trouve d'ailleurs un Indien), et tout en sachant qu'elle fait partie des pays qui seront les plus affectés, refuse de compromettre la croissance et de revoir à la baisse son objectif à deux chiffres. Comment le leur reprocher, d'ailleurs ? En revanche, on peut souligner le fait que cette forte croissance, qui certes gonfle les rangs de la classe moyenne, estimée selon les critères entre 50 et 200 millions de personnes (il y a plus d'unmilliard d'Indiens), ne réduit pas la pauvreté et creuse les inégalités. Affaire à suivre et qui nous concerne tous, surtout nos enfants et petits-enfants. Mais la position officielle indienne est dans une grande mesure une position de négociation et il y a heureusement une prise de conscience croissante du problème et des opinions différentes se font entendre. Ce pays est bien une démocratie, dans le sens où il n'y a pas comme en Chine une pensée unique autorisée.
Ca chauffe au Rajasthan. Depuis une semaine des manifestations violentes ont lieu au Rajasthan, certaines ont même atteint Delhi. Ces manifestation ont été réprimées par l'armée et on déjà fait une vingtaine de morts. De quoi s'agit-il ? Les protestataires, les Goujjars, veulent être inscrits sur la liste des tribus défavorisées (Scheduled Tribes), afin d'avoir droit à des quotas pour les entrées dans les universités et surtout pour accéder à certains emplois officiels, dans la police ou l'administration. Depuis son indépendance, l'Inde mène une politique de discrimination positive, pour lutter contre le système des castes. C'est ainsi que les hors-castes, les intouchables, peuvent espérer compenser leur handicap. Cette politique bénéficie également à des tribus plus ou moins isolées et vivant à l'écart de la société, pour essayer de les intégrer. Mais le système se complique, car de plus en plus de catégories ou de castes s'estimant défavorisées demandent à bénéficier de ces avantages, tandis que ceux qui en profitent déjà ont peur, à juste titre, de voir leur part diminuer. Et comme on peut l'imaginer, lors des campagnes électorales des promesses sont faites, qui ne peuvent être tenues. C'est exactement ce qui se passe au Rajasthan, Etat situé à l'Ouest de Delhi et un des plus touristiques. Les Goujjars, dont on ne sait pas très bien ce qu'ils sont (certains les rattachent aux Huns !) avaient obtenu lors de la précédente campagne électorale locale un vague engagement d'être classés comme Scheduled Tribes (ST), promesse que le gouvernement de l'Etat ne peut pas tenir. D'où leur colère. Mais, une autre catégorie, les Meenas, qui eux sont classés comme ST se mobilisent pour empêcher que le gouvernement du Rajasthan ne donne satisfaction à la revendication des Goujjars, car cela réduirait leurs avantages. Ils en sont venus à se battre contre les Goujjars. Jeudi a eu lieu une véritable bataille rangée entre Goujjars et Meenas, qui s'est soldée par de nombreux morts. Retour au calme aujourd'hui, des négociations ont lieu, mais le gouvernement prend ses précautions, et nous en avons été témoins ce matin en voyant l'armée prendre position à l'entrée de notre quartier, particulièrement protégé parce qu'il s'agit du quartier des ambassades. Malgré les morts et la violence (ils ont incendié des bus sur la route de Delhi à Jaipur et ils ont perturbé la circulation des trains) les photos que l'on voit dans la presse montrent des manifestants qui posent pour la photo, hilares et brandissant de grands bâtons. Curieuse impression d'irréalité. Le gouvernement finira par arrêter le mouvement, mais ce qui se passe donne à réfléchir sur les risques de la discrimination positive, dont l'effet paradoxal est de renforcer la division de la société en communautés ou castes. Bon exemple également des dangers du populisme.
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