Un mariage Sikh
En prélude à cette chronique quelques mots pour ceux qui ne sauraient pas en quoi consiste la religion des Sikhs.
Le Sikhisme a été créé à la fin du XVème siècle par Guru Nanak. C’est une religion qui emprunte à l’Islam un monothéisme strict, le rejet de l’adoration des idoles et le refus du systèmes des castes. Le Sikhisme se voulait à l’origine une synthèse de toutes les religions et un pont entre l’Islam et l’Hindouisme. Il emprunte de nombreux aspects à l’Hindouisme, notamment la doctrine du Karma et de la réincarnation dans différentes vies jusqu’à pouvoir atteindre grâce à ses mérites l’union avec la divinité. Mais, à la différence de certaines écoles de pensée hindoues, les Sikhs considèrent que le monde est bien réel et entendent s’y engager activement pour le transformer.
Malgré, ou peut-être à cause, de ses emprunts à l’Islam le Sikhisme est assez vite entré en conflit avec les souverains musulmans et s’est de ce fait transformé à la fin du XVIIème siècle en une secte guerrière dont les membres se disent prêts à se sacrifier pour la communauté. De cette époque datent les cinq signes distinctifs (les cinq « k ») qui marquent le dévouement à la communauté (Khalsa) : la chevelure non coupée (kesh), le peigne (kanga), le caleçon (Kachha), le bracelet métallique (kara) et enfin le poignard (kirpan). Tous les Sikhs mâles qui aujourd’hui encore entendent afficher leur appartenance à la communauté prennent le nom de Singh (lion) et portent certaines des marques, la plus visible étant le turban qui protège la chevelure, qu’à l’instar de la barbe ils font vœu de ne pas couper.
Au moment de l’indépendance et de la partition, les Sikhs pour la plupart originaires du Punjab, région qui a été coupée en deux en 47, ont émigré vers la partie indienne de cette région. Le temple sacré des Sikhs, le temple d’or, se trouve à Amritsar au Punjab indien, non loin de la frontière pakistanaise. Périodiquement des mouvements Sikhs ont revendiqué l’indépendance, notamment au début des années 80. Ce dernier conflit qui les a opposés à l’Etat central a donné lieu à des événements dramatiques : la prise et la destruction du temple d’or, l’assassinat de madame Gandhi, alors Premier Ministre, par ses gardes du corps Sikhs et le massacre de milliers de Sikhs au cours de représailles exercées par la populace. Ces demandes d’indépendance qui ne rallient pas la majorité des Sikhs, n’empêchent pas la communauté d’être fidèle à la nation et de fournir de nombreux serviteurs de l’Etat, que ce soit dans l’armée au niveau le plus élevé, au sein de l’administration ou aux commandes de ministères. L’actuel Premier Ministre est Sikh, s’appelle Manmohan Singh et porte le turban. Sans qu’on sache pourquoi, la plupart de chauffeurs de taxi à Delhi sont Sikhs.
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A partir d’octobre, à la fin de la mousson, s’ouvre la saison des mariages.
Nous avons été invités par notre propriétaire (Dolly, son surnom) au mariage de sa fille cadette. Nous n’avons malheureusement pu assister qu’à la dernière journée qui était la cérémonie de mariage proprement dite. Les familles des deux époux sont Sikhs, même si tous les hommes, notamment du côté de notre propriétaire, ne portent pas les signes distinctifs des Sikhs : le turban, le bracelet métallique et la barbe.
Le mariage avait lieu dans la résidence de Dolly, à une vingtaine de kilomètres du centre de Delhi, dans une zone où les Indiens riches, et notre propriétaire est riche, se sont fait construire des fermes, en fait de grandes et luxueuses villas entourées de jardins, qui peuvent être de véritables parcs. Ils sont ainsi loin de la pollution et au calme dans la nature, avant d’être rattrapés dans quelques années par l’urbanisation galopante et de pouvoir réaliser de fructueuses opérations foncières. Mais cela nous éloigne du mariage.
On avait loué pour nous un taxi qui nous a amenés à la propriété de Dolly. Nous étions un peu groggy, car nous étions rentrés de France tard dans la nuit et nous avions le décalage horaire contre nous. Le temps était magnifique et ce jour-là presque pas de brume. La température agréable, mais elle montera jusqu’à 30 dans la journée. A l’arrivée, à l’entrée de la propriété nous avons eu un aperçu de la décoration : le portail d’entrée et tous les palmiers bordant le chemin d’accès étaient recouverts de guirlandes de fleurs oranges (il faut dire safran) et blanches. Avant d’arriver à la maison, les domestiques nous ont arrêtés et ont demandé à Jérôme de s’asseoir. C’était pour lui installer sur la tête un turban rouge. C’est un professionnel qui s’est livré à l’opération : un long ruban descendant dans le dos et l’autre extrémité se dressant au dessus, comme un aigrette. Du grand art, dont nous n’avons malheureusement aucune trace, car nous n’avions pas pris l’appareil photo. Comme le réclame le rituel sikh, tous les hommes étaient ainsi couverts, tandis que les femmes allaient tête nue. Annick, avait d’ailleurs heureusement renoncé à prendre un chapeau de paille qu’elle ne met qu’une fois tous les quatre ans. Après avoir fini son œuvre d’art sur le chef de Jérôme, le chapelier a murmuré « backchich », grâce à quoi il a obtenu son dû.
Nous avons ensuite découvert le lieu de la réception, devant la villa, côté parc : les pelouses jonchées de milliers de pétales de roses, une immense tente jaune et vert pastel, toutes les nappes et les couvertures des sièges aux mêmes couleurs et décorées d’un même dessin réalisé pour l’occasion. Devant l’entrée de la maison un petit sanctuaire avait été aménagé : un dais en dessous duquel se trouvait le livre sacré recouvert d’une couverture d’argent.
Il était onze heures du matin et les invités commençaient d’arriver, mais cela ne faisait en fin de compte que peu de monde, une petite cinquantaine de personnes. Nous avions été accueillis par le mari de la fille aînée (nos voisins du rez-de-chaussée) et par Dolly elle-même, son mari étant cloué dans son fauteuil par un méchant mal de dos. Nous avons compris plus tard, que ne se trouvaient là que les invités du côté de la mariée. En effet, vers midi, sons de tambours et nous sommes allés voir arriver la procession du marié. En tête, le marié sur un cheval recouvert de brocards, lui-même dans une tunique damassée jaune doré et le visage dissimulé par des guirlandes de fleurs. A ses côtés, un jeune garçon, qui devait être son frère (mais nous n’avons pas éclairci ce point) et dont le visage était également dissimulé, mais par des fil métalliques accrochés à son turban. Le marié est descendu de cheval et la procession a continué de s’approcher. Le marié était accompagné par sa famille et par tous ses invités. En tête avançaient des joueurs de tambours et un membre de la famille qui par intermittence jetait à la volée des billets de banques, que les tambours s’empressaient de ramasser, mais en faisant bien attention de ne pas cesser de faire sonner leurs instruments.
Les deux parties se sont ainsi rejointes et la cérémonie de mariage a pu commencer. La mariée, que nous n’avions par encore vue est alors sortie de la maison accompagnée par sa mère. Elle était tête nue et vêtue de rouge et d’or, portant sur les épaules un châle magnifiquement décoré de pierres précieuses. Elle semblait crouler sous le poids. Les deux promis se sont fait face et c’est la mère de la mariée qui a commencé la cérémonie en accueillant le marié et en l’oignant sur le front. Elle a découvert son visage en soulevant les guirlandes de fleurs. Le beau-frère (le mari de la sœur de la mariée) est aussi intervenu au cours de cette cérémonie. Représentait-il le père incapable de se lever ou agissait-il en tant que beau-frère ? Il a pris un billet de 500 INR (environ 10 Euros) qu’il a tourné trois fois autour de la tête du marié et qu’il a ensuite donné à un des musiciens qui se trouvait à côté. Que fallait-il comprendre de cette cérémonie, que le marié était accepté, qu’il pouvait venir prendre son épouse, ou bien qu’il s’agissait simplement des rites d’accueil dans la maison de la mariée où se déroulait la cérémonie.
La deuxième partie de la cérémonie s’est déroulée devant le petit sanctuaire qui avait été aménagé devant la maison. La prière des cérémonies Sikhs se déroule ainsi devant une sorte d’autel où se trouve caché, ou plutôt protégé, le livre sacré contenant les prières de Guru Nanak le fondateur de la religion Sikh. Le rituel, que nous avons pu observer dans plusieurs temples Sikhs, consiste à chanter des prières devant le livre, qui est considéré comme le représentant de Dieu. C’est ainsi que s’est déroulée la cérémonie, les deux époux se tenant au premier rang des fidèles, tous assis en tailleur, pendant que deux officiants chantent les prières sacrées, l’un qui est près du livre et le tient ouvert sous son enveloppe de protection, l’autre sur le côté accompagné par deux musiciens (harmonium et tabla), Malgré le recueillement l’ambiance est bon enfant, les gens viennent, font une aumône, s’asseyent quelques instants, vont embrasser les mariés et repartent. La cérémonie durera environ trois quarts d’heure. Le mariage est ainsi consacré religieusement et le lien est indissoluble, car les Sikhs ne reconnaissent pas le divorce.
Avant de quitter le sanctuaire à la fin de la cérémonie les convives puisaient des pétales de rose dans des paniers qu’on leur tendait et les jetaient sur les mariés. Des milliers de roses dont le parfum a embaumé la cérémonie ont dû être effeuillées pour l’occasion.
Ce que nous avons vu n’est qu’une petite partie des festivités, car chaque jour de la semaine précédente s’est déroulé un épisode du mariage, chaque fois dans un décor différent. Nous avons notamment manqué la cérémonie des cadeaux. On imagine l’organisation et le personnel que cela représente. On mesure également l’importance socio-économique de la cérémonie du mariage, pas seulement pour les Sikhs mais pour toutes les religions et toutes les classes sociales ; on comprend que des paysans pauvres s’endettent à vie, au point de se réduire à un quasi esclavage, pour marier leur fille et payer la dette. Même si la tradition évolue, elle se perpétue sous des formes différentes. Les Indiens expatriés retournent en Inde pour se marier, pour conserver un lien avec leur pays d’origine. Un article de journal analysait récemment l’évolution des cérémonies chez les Indiens les plus riches, qui recherchent un décor et un événement plus personnalisé, moins strictement réglé par la tradition religieuse. Il semble que l’étalage de richesse et l’affirmation de la position sociale soient toujours de mise, mais cela nous connaissons chez nous. Les Sikhs refusent le système des castes et ne semblent pas se marier exclusivement entre eux : le beau-frère n’est pas Sikh. Mais dans la tradition indienne plus large, le mariage est un élément central dans le système des castes : on ne se marie que dans sa caste ou dans une caste proche dans la hiérarchie des valeurs. Encore prégnant dans les campagnes, le système l’est moins dans les villes, même si les petites annonces matrimoniales indiquent souvent la caste, à moins qu’elles n’éprouvent le besoin de préciser« caste indifférente ».
Le Sikhisme a été créé à la fin du XVème siècle par Guru Nanak. C’est une religion qui emprunte à l’Islam un monothéisme strict, le rejet de l’adoration des idoles et le refus du systèmes des castes. Le Sikhisme se voulait à l’origine une synthèse de toutes les religions et un pont entre l’Islam et l’Hindouisme. Il emprunte de nombreux aspects à l’Hindouisme, notamment la doctrine du Karma et de la réincarnation dans différentes vies jusqu’à pouvoir atteindre grâce à ses mérites l’union avec la divinité. Mais, à la différence de certaines écoles de pensée hindoues, les Sikhs considèrent que le monde est bien réel et entendent s’y engager activement pour le transformer.
Malgré, ou peut-être à cause, de ses emprunts à l’Islam le Sikhisme est assez vite entré en conflit avec les souverains musulmans et s’est de ce fait transformé à la fin du XVIIème siècle en une secte guerrière dont les membres se disent prêts à se sacrifier pour la communauté. De cette époque datent les cinq signes distinctifs (les cinq « k ») qui marquent le dévouement à la communauté (Khalsa) : la chevelure non coupée (kesh), le peigne (kanga), le caleçon (Kachha), le bracelet métallique (kara) et enfin le poignard (kirpan). Tous les Sikhs mâles qui aujourd’hui encore entendent afficher leur appartenance à la communauté prennent le nom de Singh (lion) et portent certaines des marques, la plus visible étant le turban qui protège la chevelure, qu’à l’instar de la barbe ils font vœu de ne pas couper.
Au moment de l’indépendance et de la partition, les Sikhs pour la plupart originaires du Punjab, région qui a été coupée en deux en 47, ont émigré vers la partie indienne de cette région. Le temple sacré des Sikhs, le temple d’or, se trouve à Amritsar au Punjab indien, non loin de la frontière pakistanaise. Périodiquement des mouvements Sikhs ont revendiqué l’indépendance, notamment au début des années 80. Ce dernier conflit qui les a opposés à l’Etat central a donné lieu à des événements dramatiques : la prise et la destruction du temple d’or, l’assassinat de madame Gandhi, alors Premier Ministre, par ses gardes du corps Sikhs et le massacre de milliers de Sikhs au cours de représailles exercées par la populace. Ces demandes d’indépendance qui ne rallient pas la majorité des Sikhs, n’empêchent pas la communauté d’être fidèle à la nation et de fournir de nombreux serviteurs de l’Etat, que ce soit dans l’armée au niveau le plus élevé, au sein de l’administration ou aux commandes de ministères. L’actuel Premier Ministre est Sikh, s’appelle Manmohan Singh et porte le turban. Sans qu’on sache pourquoi, la plupart de chauffeurs de taxi à Delhi sont Sikhs.
Fin de la parenthèse
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A partir d’octobre, à la fin de la mousson, s’ouvre la saison des mariages.
Nous avons été invités par notre propriétaire (Dolly, son surnom) au mariage de sa fille cadette. Nous n’avons malheureusement pu assister qu’à la dernière journée qui était la cérémonie de mariage proprement dite. Les familles des deux époux sont Sikhs, même si tous les hommes, notamment du côté de notre propriétaire, ne portent pas les signes distinctifs des Sikhs : le turban, le bracelet métallique et la barbe.
Le mariage avait lieu dans la résidence de Dolly, à une vingtaine de kilomètres du centre de Delhi, dans une zone où les Indiens riches, et notre propriétaire est riche, se sont fait construire des fermes, en fait de grandes et luxueuses villas entourées de jardins, qui peuvent être de véritables parcs. Ils sont ainsi loin de la pollution et au calme dans la nature, avant d’être rattrapés dans quelques années par l’urbanisation galopante et de pouvoir réaliser de fructueuses opérations foncières. Mais cela nous éloigne du mariage.
On avait loué pour nous un taxi qui nous a amenés à la propriété de Dolly. Nous étions un peu groggy, car nous étions rentrés de France tard dans la nuit et nous avions le décalage horaire contre nous. Le temps était magnifique et ce jour-là presque pas de brume. La température agréable, mais elle montera jusqu’à 30 dans la journée. A l’arrivée, à l’entrée de la propriété nous avons eu un aperçu de la décoration : le portail d’entrée et tous les palmiers bordant le chemin d’accès étaient recouverts de guirlandes de fleurs oranges (il faut dire safran) et blanches. Avant d’arriver à la maison, les domestiques nous ont arrêtés et ont demandé à Jérôme de s’asseoir. C’était pour lui installer sur la tête un turban rouge. C’est un professionnel qui s’est livré à l’opération : un long ruban descendant dans le dos et l’autre extrémité se dressant au dessus, comme un aigrette. Du grand art, dont nous n’avons malheureusement aucune trace, car nous n’avions pas pris l’appareil photo. Comme le réclame le rituel sikh, tous les hommes étaient ainsi couverts, tandis que les femmes allaient tête nue. Annick, avait d’ailleurs heureusement renoncé à prendre un chapeau de paille qu’elle ne met qu’une fois tous les quatre ans. Après avoir fini son œuvre d’art sur le chef de Jérôme, le chapelier a murmuré « backchich », grâce à quoi il a obtenu son dû.
Nous avons ensuite découvert le lieu de la réception, devant la villa, côté parc : les pelouses jonchées de milliers de pétales de roses, une immense tente jaune et vert pastel, toutes les nappes et les couvertures des sièges aux mêmes couleurs et décorées d’un même dessin réalisé pour l’occasion. Devant l’entrée de la maison un petit sanctuaire avait été aménagé : un dais en dessous duquel se trouvait le livre sacré recouvert d’une couverture d’argent.
Il était onze heures du matin et les invités commençaient d’arriver, mais cela ne faisait en fin de compte que peu de monde, une petite cinquantaine de personnes. Nous avions été accueillis par le mari de la fille aînée (nos voisins du rez-de-chaussée) et par Dolly elle-même, son mari étant cloué dans son fauteuil par un méchant mal de dos. Nous avons compris plus tard, que ne se trouvaient là que les invités du côté de la mariée. En effet, vers midi, sons de tambours et nous sommes allés voir arriver la procession du marié. En tête, le marié sur un cheval recouvert de brocards, lui-même dans une tunique damassée jaune doré et le visage dissimulé par des guirlandes de fleurs. A ses côtés, un jeune garçon, qui devait être son frère (mais nous n’avons pas éclairci ce point) et dont le visage était également dissimulé, mais par des fil métalliques accrochés à son turban. Le marié est descendu de cheval et la procession a continué de s’approcher. Le marié était accompagné par sa famille et par tous ses invités. En tête avançaient des joueurs de tambours et un membre de la famille qui par intermittence jetait à la volée des billets de banques, que les tambours s’empressaient de ramasser, mais en faisant bien attention de ne pas cesser de faire sonner leurs instruments.
Les deux parties se sont ainsi rejointes et la cérémonie de mariage a pu commencer. La mariée, que nous n’avions par encore vue est alors sortie de la maison accompagnée par sa mère. Elle était tête nue et vêtue de rouge et d’or, portant sur les épaules un châle magnifiquement décoré de pierres précieuses. Elle semblait crouler sous le poids. Les deux promis se sont fait face et c’est la mère de la mariée qui a commencé la cérémonie en accueillant le marié et en l’oignant sur le front. Elle a découvert son visage en soulevant les guirlandes de fleurs. Le beau-frère (le mari de la sœur de la mariée) est aussi intervenu au cours de cette cérémonie. Représentait-il le père incapable de se lever ou agissait-il en tant que beau-frère ? Il a pris un billet de 500 INR (environ 10 Euros) qu’il a tourné trois fois autour de la tête du marié et qu’il a ensuite donné à un des musiciens qui se trouvait à côté. Que fallait-il comprendre de cette cérémonie, que le marié était accepté, qu’il pouvait venir prendre son épouse, ou bien qu’il s’agissait simplement des rites d’accueil dans la maison de la mariée où se déroulait la cérémonie.
La deuxième partie de la cérémonie s’est déroulée devant le petit sanctuaire qui avait été aménagé devant la maison. La prière des cérémonies Sikhs se déroule ainsi devant une sorte d’autel où se trouve caché, ou plutôt protégé, le livre sacré contenant les prières de Guru Nanak le fondateur de la religion Sikh. Le rituel, que nous avons pu observer dans plusieurs temples Sikhs, consiste à chanter des prières devant le livre, qui est considéré comme le représentant de Dieu. C’est ainsi que s’est déroulée la cérémonie, les deux époux se tenant au premier rang des fidèles, tous assis en tailleur, pendant que deux officiants chantent les prières sacrées, l’un qui est près du livre et le tient ouvert sous son enveloppe de protection, l’autre sur le côté accompagné par deux musiciens (harmonium et tabla), Malgré le recueillement l’ambiance est bon enfant, les gens viennent, font une aumône, s’asseyent quelques instants, vont embrasser les mariés et repartent. La cérémonie durera environ trois quarts d’heure. Le mariage est ainsi consacré religieusement et le lien est indissoluble, car les Sikhs ne reconnaissent pas le divorce.
Avant de quitter le sanctuaire à la fin de la cérémonie les convives puisaient des pétales de rose dans des paniers qu’on leur tendait et les jetaient sur les mariés. Des milliers de roses dont le parfum a embaumé la cérémonie ont dû être effeuillées pour l’occasion.
Ce que nous avons vu n’est qu’une petite partie des festivités, car chaque jour de la semaine précédente s’est déroulé un épisode du mariage, chaque fois dans un décor différent. Nous avons notamment manqué la cérémonie des cadeaux. On imagine l’organisation et le personnel que cela représente. On mesure également l’importance socio-économique de la cérémonie du mariage, pas seulement pour les Sikhs mais pour toutes les religions et toutes les classes sociales ; on comprend que des paysans pauvres s’endettent à vie, au point de se réduire à un quasi esclavage, pour marier leur fille et payer la dette. Même si la tradition évolue, elle se perpétue sous des formes différentes. Les Indiens expatriés retournent en Inde pour se marier, pour conserver un lien avec leur pays d’origine. Un article de journal analysait récemment l’évolution des cérémonies chez les Indiens les plus riches, qui recherchent un décor et un événement plus personnalisé, moins strictement réglé par la tradition religieuse. Il semble que l’étalage de richesse et l’affirmation de la position sociale soient toujours de mise, mais cela nous connaissons chez nous. Les Sikhs refusent le système des castes et ne semblent pas se marier exclusivement entre eux : le beau-frère n’est pas Sikh. Mais dans la tradition indienne plus large, le mariage est un élément central dans le système des castes : on ne se marie que dans sa caste ou dans une caste proche dans la hiérarchie des valeurs. Encore prégnant dans les campagnes, le système l’est moins dans les villes, même si les petites annonces matrimoniales indiquent souvent la caste, à moins qu’elles n’éprouvent le besoin de préciser« caste indifférente ».
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