Gujjars, suite et fin provisoire
L'histoire des Goujjars et des Meenas de l'article précédent s'est bien terminée et de façon assez curieuse pour un observateur extérieur. On avait bien l'impression que malgré les morts (26 recensés), il y avait quelque chose de théatral dans ces événements, on le voyait aux faces réjouies des émeutiers qui posaient devant les photographes. Il y eu du théâtre dans le dénouement. La presse de lundi matin titrait : "les Gujjars abandonnent et s'excusent". Après avoir bloqué les routes et les voies ferrées, après avoir tout de même tué, on devrait dire plutôt, lynché, deux policiers, après avoir eu des morts chez eux et chez les Meenas, ils s'excusent ! Imaginez les jeunes des banlieues de chez nous s'excusant, ou les grévistes de la SNCF ! Et ils n'ont pas eu gain de cause, loin de là. Des négociations ont eu lieu, au terme desquelles les Gujjars ont obtenu la création d'une commission tripartite , qui examinera leur demande et fera des propositions . Autrement dit ils ont peu de chance d'obtenir ce qu'ils demandent. Les familles des morts ont tout de même été indemnisées, à la suite de quoi elles ont accepté de procéder à la crémation des dépouilles.
Ce mouvement qui en apparence, et peut-être bien en apparence seulement, a dégénéré est en fait assez discipliné. Il y a un chef, un ancien colonel , qui à sa retraite a décidé de se consacrer à sa communauté. C'est lui qui a lancé le mouvement, qui a négocié, et c'est lui qui s'est excusé. Le plus étonnant c'est qu'il a été suivi. Sa décision a d'ailleurs été légitimée à l'occasion d'un grand "Panchayat", une assemblée de la communauté , qui a approuvé la décision d'arrêter le mouvement.
Tout n'est pas fini pour autant, car les autorités et la justice se sont réveillées et poursuivent les coupables de violence, de nombreuses arrestations ont eu lieu. Le grand Panchayat mentionné plus haut a bien demandé la fin des opérations policières contre les Gujjars, mais sans grande conviction. Plus curieusement, ils ont demandé la démission des officiels Meenas, qui avaient crié victoire lorsque les Gujjars avaient arrêté leur mouvement.
On peut retenir quelques idées de ces événements : le système des castes, qui a certainement beaucoup évolué, se maintient, au moins sous la forme d'une sorte de communautarisme, à travers les mesures qui ont été prises pour y mettre fin. Ce sont des effets pervers de la discrimination positive. L'Inde n'est pas non-violente, ce n'est pas une révélation, mais sa violence couve sous des dehors assez pacifiques. On le voit au calme que savent garder les automobilistes qui n'arrêtent pas de se faire des queues de poissons : ils klaxonnent, ils ne cessent de klaxonner, mais sans s'énerver. Si on conduisait comme cela en France, il y aurait vite des morts. Et pourtant la violence peut être terrible, épouvantable en Inde. Autre impression tirée de l'histoire des Gujjars : le rôle de la discussion et de la négociation. La troupe a tiré et a tué, mais on a négocié. En Chine, il n'y aurait pas eu de négociation. Il a fallu une grande réunion de la communauté pour bénir la décision du chef. Enfin, il y aura des suites judiciaires et force reste à la loi. Ce sont bien des éléments de démocratie, qu'on ne trouve pas facilement dans d'autres pays en développement. Je rapproche cette dernière remarque d'un livre très intéressant d'Amartya Sen (économiste indien, enseignant aux USA et qui a obtenu le prix Nobel en 1998). Je ne connais pas le titre en français et je ne sais pas s'il est traduit. Le titre anglais est "argumentative Indian". Une des idées clés du livre est qu'il y a une tradition indienne de discussion, de critique qu'il fait remonter aux premiers temps de l'Inde. Il n'y a pas selon lui d'orthodoxie religieuse ou philosophique. Il y a par exemple une tradition d'athéisme ancienne et respectée en Inde. Le Bouddhisme né dans ce pays (6ème siècle avant J.C) était athée. Sen fait de cette tradition de discussion, d'esprit critique et de tolérance un élément important, peut-être pas le seul (il faut éviter dans le cas de l'Inde les simplifiactions), de la démocratie qui se maintient depuis 60 ans et qui est tout de même un cas unique dans les pays en développement. Amarty Sen retourne d'ailleurs cette traditiion de tolérance contre les extrémistes hindouistes, pour montrer combien ils rétrécissent et déforment la tradition. Raisonnement à appliquer à tous les intégrismes religieux qui sévissent autour de nous ! Mais le livre de Sen est très riche et mérite d'y revenir. Je vous le conseille.
Nous avons mis deux photos de la maison sur le premier article du blog (enfin une connexion internet), mais impossible d'en mettre dans l'album photo.
Ce mouvement qui en apparence, et peut-être bien en apparence seulement, a dégénéré est en fait assez discipliné. Il y a un chef, un ancien colonel , qui à sa retraite a décidé de se consacrer à sa communauté. C'est lui qui a lancé le mouvement, qui a négocié, et c'est lui qui s'est excusé. Le plus étonnant c'est qu'il a été suivi. Sa décision a d'ailleurs été légitimée à l'occasion d'un grand "Panchayat", une assemblée de la communauté , qui a approuvé la décision d'arrêter le mouvement.
Tout n'est pas fini pour autant, car les autorités et la justice se sont réveillées et poursuivent les coupables de violence, de nombreuses arrestations ont eu lieu. Le grand Panchayat mentionné plus haut a bien demandé la fin des opérations policières contre les Gujjars, mais sans grande conviction. Plus curieusement, ils ont demandé la démission des officiels Meenas, qui avaient crié victoire lorsque les Gujjars avaient arrêté leur mouvement.
On peut retenir quelques idées de ces événements : le système des castes, qui a certainement beaucoup évolué, se maintient, au moins sous la forme d'une sorte de communautarisme, à travers les mesures qui ont été prises pour y mettre fin. Ce sont des effets pervers de la discrimination positive. L'Inde n'est pas non-violente, ce n'est pas une révélation, mais sa violence couve sous des dehors assez pacifiques. On le voit au calme que savent garder les automobilistes qui n'arrêtent pas de se faire des queues de poissons : ils klaxonnent, ils ne cessent de klaxonner, mais sans s'énerver. Si on conduisait comme cela en France, il y aurait vite des morts. Et pourtant la violence peut être terrible, épouvantable en Inde. Autre impression tirée de l'histoire des Gujjars : le rôle de la discussion et de la négociation. La troupe a tiré et a tué, mais on a négocié. En Chine, il n'y aurait pas eu de négociation. Il a fallu une grande réunion de la communauté pour bénir la décision du chef. Enfin, il y aura des suites judiciaires et force reste à la loi. Ce sont bien des éléments de démocratie, qu'on ne trouve pas facilement dans d'autres pays en développement. Je rapproche cette dernière remarque d'un livre très intéressant d'Amartya Sen (économiste indien, enseignant aux USA et qui a obtenu le prix Nobel en 1998). Je ne connais pas le titre en français et je ne sais pas s'il est traduit. Le titre anglais est "argumentative Indian". Une des idées clés du livre est qu'il y a une tradition indienne de discussion, de critique qu'il fait remonter aux premiers temps de l'Inde. Il n'y a pas selon lui d'orthodoxie religieuse ou philosophique. Il y a par exemple une tradition d'athéisme ancienne et respectée en Inde. Le Bouddhisme né dans ce pays (6ème siècle avant J.C) était athée. Sen fait de cette tradition de discussion, d'esprit critique et de tolérance un élément important, peut-être pas le seul (il faut éviter dans le cas de l'Inde les simplifiactions), de la démocratie qui se maintient depuis 60 ans et qui est tout de même un cas unique dans les pays en développement. Amarty Sen retourne d'ailleurs cette traditiion de tolérance contre les extrémistes hindouistes, pour montrer combien ils rétrécissent et déforment la tradition. Raisonnement à appliquer à tous les intégrismes religieux qui sévissent autour de nous ! Mais le livre de Sen est très riche et mérite d'y revenir. Je vous le conseille.
Nous avons mis deux photos de la maison sur le premier article du blog (enfin une connexion internet), mais impossible d'en mettre dans l'album photo.
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