Gujjars, suite et fin provisoire

Publié le par Annick et Jérôme

L'histoire des Goujjars et  des Meenas  de l'article  précédent s'est  bien terminée et de façon  assez curieuse pour un observateur extérieur.  On avait bien l'impression  que malgré les morts (26  recensés), il y avait quelque chose de théatral dans ces événements, on le voyait  aux  faces  réjouies des émeutiers qui  posaient devant les photographes.  Il y eu du théâtre dans le dénouement. La presse de lundi matin  titrait : "les Gujjars abandonnent et s'excusent".  Après avoir bloqué les routes et les voies ferrées, après avoir tout de même tué, on devrait dire plutôt, lynché,  deux policiers, après avoir  eu des morts chez eux et chez les  Meenas,  ils s'excusent !  Imaginez les jeunes des banlieues de chez nous s'excusant, ou les grévistes de la SNCF ! Et ils n'ont pas eu gain de cause, loin de là. Des négociations ont eu lieu,  au terme desquelles les Gujjars ont obtenu la création d'une commission tripartite , qui examinera leur demande et fera des propositions .  Autrement dit ils ont peu de chance d'obtenir ce qu'ils demandent.  Les familles des morts ont tout de même été indemnisées, à la suite de quoi elles ont accepté de procéder à la crémation des dépouilles. 

Ce mouvement qui en apparence, et peut-être bien en apparence seulement, a dégénéré est en fait assez discipliné. Il y a un chef, un ancien colonel , qui à sa retraite a décidé de se consacrer à sa communauté. C'est lui qui a lancé le mouvement, qui a négocié, et c'est lui qui s'est excusé. Le plus étonnant c'est qu'il a été suivi. Sa décision a d'ailleurs été légitimée à l'occasion d'un grand "Panchayat",  une assemblée de la communauté , qui a approuvé la décision d'arrêter le mouvement. 

Tout n'est pas fini pour autant, car les autorités  et la justice se sont réveillées et poursuivent  les coupables de violence, de nombreuses arrestations ont eu lieu.  Le grand Panchayat mentionné plus haut a bien demandé la fin des opérations policières contre les Gujjars, mais sans  grande conviction.  Plus curieusement, ils ont demandé la démission des officiels Meenas, qui avaient crié victoire lorsque les Gujjars avaient arrêté leur mouvement.

On peut retenir quelques idées de ces événements : le système des castes,  qui a certainement beaucoup évolué, se maintient, au moins sous la forme d'une sorte de communautarisme,  à travers les mesures qui ont été prises pour y mettre fin.  Ce sont des effets pervers de la discrimination positive. L'Inde n'est pas non-violente, ce n'est pas une révélation, mais sa violence couve sous des dehors assez pacifiques. On le voit au calme que savent garder les automobilistes qui n'arrêtent pas de se faire des queues de poissons : ils klaxonnent, ils ne cessent de klaxonner, mais sans s'énerver. Si on conduisait comme cela en France, il y aurait vite des morts. Et pourtant la violence peut être terrible, épouvantable en Inde. Autre impression tirée de l'histoire des Gujjars : le rôle de la discussion et de la négociation. La troupe a tiré et a tué, mais on a négocié. En Chine, il n'y aurait pas eu de négociation. Il a  fallu une grande réunion de la communauté pour bénir la décision du chef. Enfin, il y aura des suites judiciaires et force reste à la loi. Ce sont bien des éléments de démocratie, qu'on ne trouve pas facilement dans d'autres pays en développement. Je rapproche cette dernière remarque d'un livre très intéressant d'Amartya Sen (économiste indien, enseignant aux USA et qui a obtenu le prix Nobel en 1998). Je ne connais pas le titre en français et je ne sais pas s'il est traduit. Le titre anglais est "argumentative Indian". Une des idées clés du livre est qu'il y a une tradition indienne de discussion, de critique qu'il fait remonter aux premiers temps de l'Inde. Il n'y a pas selon lui d'orthodoxie religieuse ou philosophique. Il y a par exemple une tradition d'athéisme ancienne et respectée en Inde. Le Bouddhisme né dans ce pays (6ème siècle avant J.C) était athée. Sen fait de cette tradition de discussion, d'esprit critique et de tolérance un élément important, peut-être pas le seul (il faut éviter dans le cas de l'Inde les simplifiactions), de la démocratie qui se maintient depuis 60 ans et qui est tout de même un cas unique dans les pays en développement. Amarty Sen retourne d'ailleurs cette traditiion de tolérance contre les extrémistes hindouistes, pour montrer combien ils rétrécissent et déforment la tradition. Raisonnement à appliquer à tous les intégrismes religieux qui sévissent autour de nous  !  Mais le livre de Sen est très riche et mérite d'y revenir.  Je vous le conseille.

Nous avons mis deux photos de la maison sur le premier article du blog (enfin une connexion internet), mais impossible d'en mettre dans l'album photo.
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A
première remarqueici il ne fait pas chaud, c'est à peine si nous avons le temps de lire le blog de certains dilettantes indiens, puisque nous, nous travaillons toujours comme des forcenés. A peine avons nous décidé de répondre en commun, que deux nouveaux épisodes se sont rajoutés aux premiers.Néanmoins nous avons lu avec beaucoup d'intérêt ce conflit mais nous nous posons une question : les Gujjars sont une minorité pour raison religieuse, ethnique ou sociale?A quand les photos de tout l'appartement? Anis est impatient de connaitre son futur coin lecture, son coin repas ...Nous vous embrassons tous les deuxAnis et Ghislaine
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A
Difficile de répondre à votre question sur les Gujjars. D'après ce que nous avons pu lire dans la presse, notre seule source d'information sur ce problème, ils seraient de lointain descendants des Huns ! Ils couvrent une ère géographique assez vaste dans le Nord de l'Inde. Ils ne se distinguent pas par leur religion, car il semble que certains soient musulmans. S'agit-il pour autant d'une classe sociale. Sans doute non, car il y a des disparités sociales en leur sein. Ce n'est pas pour autant une ethnie, malgré cette lointaine parenté avec les Huns. Pourtant c'est bien une prétendue particularité ethnique qu'ils revendiquent, puisqu'ils veulent être classés parmi les scheduled tribes, c'est à dire des tribus indigènes, comme il y en a dans de nombreuses régions en Inde. Mais ils n'auront pas gain de cause car ils ne remplissent pas le principal critère, qui est de vivre isolés du reste des groupes sociaux. En fait, leur revendication n'a pas d'autre but que d'avoir accès à des postes administratifs ou aux universités sur des quotas réservés. Comme le faisait remarquer un éditorialiste, l'Inde est sans doute le seul pays où des gens se targuent de faire partie de populations arriérées.